Comment s’est créé Improvie

Le premier grand pas vers la création d’Improvie a été ma découverte du chanteur Bobby McFerrin en 2009. J’ai été fasciné par sa manière d’utiliser sa voix comme un instrument, son approche de l’improvisation a cappella (pratique dont j’ignorais alors quasiment tout) et notamment des « circlesongs » et de l’improvisation collective. J’étais parallèlement en pleine découverte du jazz et cela faisait moins d’un an que je m’étais réellement mis à l’improvisation (jusque-là j’étais surtout passionné par l’écriture, la composition et l’interprétation). J’ai immédiatement voulu faire comme Bobby McFerrin. J’ai eu la chance d’avoir un ami chanteur qui avait la même envie au même moment, et avec un troisième chanteur nous avons commencé un trio de chant 100% improvisé a cappella. ça a été le début de mon auto-apprentissage : nous partions de rien, n’avions presque aucun modèle (Bobby McFerrin avait fait peu d’enregistrements de chant improvisé collectif libre et nous ne savions pas où en chercher d’autres) et personne pour nous guider. Du coup nous avons improvisé, sans rien définir à l’avance, puis nous avons discuté de comment nous l’avions vécu, puis nous avons improvisé à nouveau, discuté à nouveau, et ainsi de suite, puis nous nous sommes enregistrés, réécoutés, nous avons inventé des exercices, expérimenté des choses, etc…

Mon constat le plus navrant au départ était le suivant : en 10 minutes d’improvisation, je vivais environ 30 secondes de joie et de satisfaction, pour environ 9 minutes et 30 secondes de frustration. J’ai donc commencé à me demander « qu’est-ce qui se passe pendant ces 30 secondes qui me plaît autant ? » et « qu’est-ce qui se passe pendant les 9 autres minutes qui me frustre ? »… et c’est en essayant de répondre à ces deux questions que me sont venus les prémices d’Improvie.

Les trois premières clés que j’ai voulu expérimenter avec mon trio étaient les rôles, les gestes, et la « répétition évolutive » (qu’on retrouve aujourd’hui dans les sphères de l’arrangement et de l’évolution). Je débordais d’idées, mais les appliquer dans le trio était difficile car comme dans beaucoup de groupes de musique nous étions rarement d’accord sur le meilleur chemin à emprunter. Cela a été très frustrant pour moi car je brûlais de diriger le groupe pour explorer toutes les perspectives que je voyais s’ouvrir progressivement et pour satisfaire mes préférences, mais cette difficulté m’a rapidement permis de découvrir que pour que la magie opère, il était nécessaire de tenir compte des besoins de chacun, leçon qu’il m’a bien fallu six ans pour assimiler pleinement avant de supprimer toutes les « règles » d’Improvie et les remplacer par la carte des préférences. J’ai donc continué à apprendre dans ce contexte souvent inconfortable, j’ai acheté mon premier looper et me suis lancé parallèlement dans un travail artistique personnel de l’improvisation, puis en 2011 j’ai commencé, de manière très balbutiante au départ, à enseigner le chant collectif improvisé dans un atelier de chant tout public que j’animais toutes les semaines. J’ai commencé à faire des concerts avec mon trio (qui était devenu un quartet), ainsi que seul avec mon looper (mais mon répertoire ne contenait alors qu’une partie d’improvisation), et en 2012 j’ai également co-lancé le mouvement chant pour tous. J’étais de plus en plus passionné par l’improvisation et ma passion s’est encore renforcée quand je suis allé pour la première fois en août 2012 aux USA pour suivre le stage annuel de circlesongs de Bobby McFerrin, où en plus de rencontrer mon idole, j’ai eu la chance de me former auprès d’autres professeurs : Rhiannon, Joey Blake, David Worm, Judy Vinar et Christiane Karam. Ce stage a clairement été une des plus mémorables semaines de ma vie et j’en suis rentré gonflé à bloc. Je prenais de plus en plus d’assurance dans ma pratique, et continuais à tenter de comprendre et modéliser des clés qui me permettraient d’inverser complètement la tendance initiale et d’avoir plutôt 90% de satisfaction pour moins de 10% de frustration quand j’improvisais en groupe. Ces clés me venaient petit à petit, jusqu’à un jour dont je me souviens bien, début 2013, où je réfléchissais à tout ça et où j’ai eu cette sensation que beaucoup de personnes connaissent de voir comme les pièces d’un puzzle s’imbriquer d’un coup, et le puzzle en question était ma première version du modèle d’apprentissage d’Improvie. J’ai ouvert le premier atelier de formation en septembre 2013.

Improvie n’a pas cessé de me passionner au plus haut point depuis et ma réflexion continue, je mets le modèle à jour une à deux fois par an, avec tantôt des modifications dans les sphères de travail ou de nouvelles sphères, des changements dans le plan de formation, etc. J’ai également été chercher de l’inspiration dans d’autres approches, notamment dans la Technique du Chanteur Moderne d’Allan Wright, dans la pédagogie Ephphata de Jean-Paul Prat, dans la Communication NonViolente de Marshall Rosenberg et dans la Communification d’Isabelle Padovani.