L’enrichissement des compétences, 3ème axe de travail d’Improvie

L’objectif de ce troisième et dernier axe est d’évoluer musicalement, acquérir davantage de compétences musicales, progresser, explorer, enrichir sa pratique.
Les deux premiers axes apprennent à s’harmoniser avec les autres et avec soi-même indépendamment de nos compétences, de notre niveau de chanteur et de musicien. On peut alors décider de travailler, chez soi sur son looper, les nombreux exercices proposés dans le cadre du suivi individuel, en accord avec nos besoins du moment ; non pas pour nous sentir bien quand on pratique puisque c’est avant tout l’axe de la posture intérieure qui nous permet de nous sentir bien, mais pour enrichir nos possibilités, explorer de nouvelles voies, renouveler et approfondir notre expérience.

Il est très important dans Improvie de séparer le travail de la pratique, et de soigner son travail. On ne progresse jamais aussi efficacement et rapidement qu’en travaillant souvent (idéalement tous les jours) et efficacement (un seul objectif à la fois, toute l’attention sur cet objectif et seulement sur cet objectif, des exercices variés et adaptés en fonction d’où on en est dans l’acquisition d’une compétence spécifique, etc). On s’appuie ici sur la science de l’apprentissage afin d’optimiser la progression de chaque personne ; ce sont généralement des habitudes nouvelles et difficiles à installer, preuve en est du peu de chanteurs qui arrivent à travailler leur voix tous les jours ou à dépasser certaines limites techniques… La première année (et les deux suivantes à moindre échelle) de formation implique donc souvent un réel investissement de temps et d’effort à ce niveau, qu’il est important que tous les participants soient prêts à fournir, car même si l’axe de l’enrichissement des compétences vient en troisième, il n’en est pas optionnel pour autant. Je reste disponible tout au long de la formation pour discuter avec les participants et les accompagner de mon mieux dans ce travail personnel.

L’axe de l’enrichissement des compétences est celui qui contient le plus de sphères de travail différentes :

Le rythme est, au niveau musical, un pilier central d’Improvie : rester précisément synchronisés sur la même pulsation et sur la même mesure aide à l’équilibre collectif, sentir et incarner le rythme physiquement aide à la posture intérieure. C’est aussi crucial quand on travaille chez soi au looper (celui-ci étant une machine qui ne s’adapte pas à nous). On le travaille donc presque à chaque séance durant une phase spécifique où l’on répète des boucles pendant un long moment tout en faisant des percussions corporelles, et des exercices personnalisés font également partie du suivi individuel.

L’harmonie est également une sphère de travail très importante. Pas ou peu de travail sur les modes et accords complexes comme on peut trouver par exemple en jazz, peu de théorie sur cette dimension musicale particulièrement vaste, mais quelques outils simples et concrets pour naviguer aisément dans une tonalité, suivre quand celle-ci évolue, en avoir conscience, ne chanter des « tensions » -des notes qui frottent- que si on le souhaite, et surtout énormément de pratique, d’harmonisation « au vol », les accompagnateurs se rejoignant très souvent en « équipes » comme s’ils étaient les différentes cordes ou touches d’un même instrument harmonique.

Les nuances sont également fondamentales : oser et pouvoir s’affirmer en chantant plus fort qu’un groupe de dix personnes, ou au contraire être extrêmement doux, faire des crescendos et des decrescendos, s’ajuster en permanence au volume des autres chanteurs en fonction de son rôle et de la manière dont les nuances du groupe évoluent…

Le langage imaginaire est le nom donné dans Improvie au fait de chanter en inventant une langue, avec toute la diversité dans le vocabulaire qu’aurait une vraie langue, mais aussi toute la crédibilité et la sincérité permettant qu’un message émotionnel passe réellement. Développer un langage imaginaire vraiment crédible en toutes circonstances demande beaucoup de travail et de temps, mais à terme cela donne un outil rarement poussé aussi loin dans les autres approches du chant improvisé, qui donne à certains solos (mais aussi aux accompagnements) une dimension particulièrement riche et puissante.

Le beatbox, outil bien plus connu que le langage imaginaire, est également beaucoup travaillé, étant donné qu’il est rare dans une improvisation qu’il n’y ait pas au moins un rôle de beatbox, et tous les membres du groupe endossant régulièrement ce rôle. On n’aborde pas ou peu les bruitages, imitations de son électronique, qu’on peut souvent entendre chez les beatboxeurs expérimentés, on se concentre ici avant tout sur l’imitation de la batterie ; le beatbox dans Improvie est un rôle d’accompagnement rythmique au même titre qu’un batteur ou percussionniste dans un groupe de musiciens.

Les solos réguliers sont fortement encouragés et tout le monde en fait régulièrement. Oser s’avancer vers le milieu du cercle et s’affirmer pendant une minute, deux minutes, trois minutes, est un pas souvent difficile au niveau psychologique et émotionnel, car toute l’attention est alors tournée vers nous, et tout le groupe se met musicalement au service de ce qu’on a à exprimer. C’est souvent en faisant un solo qu’on vit les moments les plus forts et agréables, comme les moments les plus inconfortables. C’est donc dans l’axe de la posture intérieure qu’on va beaucoup chercher des outils pour progresser à ce niveau. Au niveau musical, en début de formation, aucune autre consigne ne s’applique aux solos que celle de s’affirmer, c’est donc un rôle extrêmement libre. Ce n’est qu’en cycle 3 qu’on explore des structures de solos plus précises et variées.

Les boucles sont des phrases musicales répétitives qui constituent la base de l’accompagnement musical dans Improvie. Courtes ou longues, simples ou complexes, harmoniquement neutres ou créant des changements d’accords, imitant le son d’un instrument ou en langage imaginaire, stables ou évolutives, leurs possibilités sont quasiment infinies.

L’arrangement, ou comment s’agencent les différentes voix, est un champ d’exploration omniprésent, que ce soit quand on improvise en groupe ou bien seul sur son looper. Comment équilibrer les différents rythmes, mélodies, harmonies, volumes, timbres, rôles, énergies, afin de constituer et reconstituer sans cesse un ensemble cohérent, clair, dans toutes sortes de styles…

L’évolution prend de plus en plus de place au cours de la formation. Ce n’est pas tout de faire un arrangement qui nous plaît, comment ensuite le faire évoluer, changer d’accords, de tonalité, de tempo, d’ambiance ? Au début de ma pratique du chant improvisé, j’étais souvent frustré par deux choses. Soit je m’ennuyais quand la forme était trop répétitive à mon goût, soit j’étais gêné quand la musique était trop chargée et pas assez claire à mon goût. D’où un soin particulier accordé dans Improvie à l’arrangement et à son évolution, afin de co-créer des improvisations à la fois dynamiques, où l’on ne s’ennuie pas, qui changent et progressent, et à la fois structurées, organisées, claires et harmonieuses.

Quelques autres sphères : l’intention, le timbre, le bruitage et l’articulation, font également partie du modèle mais y prennent moins de place que les neuf sphères précédemment évoquées.

Ce troisième axe contient un mélange de notions purement musicales (applicables dans une autre pratique musicale) et de notions propres à l’improvisation collective. Toutes ces notions sont abordées via le prisme et le vocabulaire particulier d’Improvie, et travaillées un peu comme dans un programme sportif en tenant compte des règles de l’apprentissage moteur.