Nouvelles d’été 2020

Salut tout le monde,

Hier je discutais en visioconférence avec mon ami Zuza Gonçalves (un de mes camarades d’Omega, que tous ceux qui ont suivi au moins un stage de chant improvisé avec moi m’ont déjà entendu citer) et nous parlions de nos fragilités en tant qu’improvisateurs, de ces parts de nous qui manquent de confiance, d’amour, etc…
Je connais très peu d’improvisateurs épargnés par ces moments de doute, de peur ou de violence interne. Il y en a bien quelques-uns, vis à vis desquels je me sens tantôt admiratif et inspiré, tantôt jaloux, tantôt suspicieux (en me demandant s’ils n’ont-ils vraiment pas de tension intérieure en improvisant, ou bien s’ils ne sont pas plutôt coupés d’une partie de leurs émotions). Mais pour la très grande majorité des improvisateurs que je fréquente, ces moments de tension (plus ou moins intenses et plus ou moins réguliers) sont la norme.

Alors bon, que faire de ça ? L’accepter (oui mais comment) ou pas ? Me relier à ce qui souffre en moi et lui faire un câlin, comme je l’ai si souvent enseigné ? Discuter avec lui·elle et chercher des solutions ensemble ? Muscler ma discipline et pratiquer davantage, progresser, pour que petit à petit grandissent de concert la maîtrise et la confiance ? Détourner simplement mon attention du problème ? Je n’en sais rien, ça dépend sûrement des gens, ça dépend probablement des jours. Pour ma part je continue à osciller d’une position à l’autre.

Sans forcément aller jusqu’à comment s’en sortir quand ça nous pourrit la vie, j’aime qu’on en parle, de nos zones de vulnérabilité, en tant qu’improvisateur, que co-improvisateur, qu’élève et que transmetteur. Qu’on en parle et qu’on entende et qu’on sente de plus en plus clairement que c’est OK de vivre ça, que c’est normal. En parler est rarement confortable pour moi sur le coup, je ne le ferais peut-être pas (encore) tous les jours, mais qu’est-ce que ça peut détendre ! J’ai tellement de souvenirs de cette détente, chez moi et chez d’autres, en nous entendant avouer nos luttes, nos peurs « idiotes », nos freins, nos impuissances, que c’est dans un monde comme ça que j’ai envie de continuer à vivre. Un monde rempli de ça, et évidemment au moins aussi rempli de célébration et de gratitude, exprimées d’une manière ou d’une autre.

Je ne sais pas pourquoi je vous parle de ça… Peut-être car j’étais justement confronté à une de ces tensions : qu’écrire ? Ou plutôt qu’écrire sur quoi j’ai les idées claires ? Je ne « travaille » presque pas en ce moment. Je ne chante pas beaucoup non plus. Mes projets à la fois professionnels et personnels sont quelque peu en désordre. J’ai beaucoup plus de doutes que d’habitude de manière générale, j’ai l’impression de ne plus rien vraiment comprendre (ce qui est plutôt agréable). Je me sens affligé par certaines des mesures sanitaires actuelles, mais plus encore que ça c’est la manière dont la division à leur propos se manifeste qui me choque et me questionne profondément. Quand je vois (chez moi) l’intensité de mes certitudes, de mes jugements sur le manque de discernement de « l’autre camp », quand je vois comment j’essaye de les éviter, comme j’y arrive, l’écart, le fossé énorme entre nous, ma quasi-absence d’espoir qu’on parvienne à se relier harmonieusement dans l’état actuel des choses, je reste sans voix. Et puis à force, peut-être de prendre un peu mieux la mesure du désastre, je vois la même chose dans de plus en plus d’autres sujets que celui du coronavirus. Partout, ces énormes murs entre des groupes de gens aux visions différentes, que je n’avais pas bien remarqués jusqu’à récemment. Devant tout ça, je me sens à la fois confus, surpris, attristé, effrayé, en colère, fasciné, reconnaissant, curieux, ébranlé, petit. Et sans voix (ou presque).

Alors je vous imagine me répondre que du coup j’aurais aussi pu ne rien écrire. Peut-être cela aurait-il été plus sage ! Sauf que je voulais faire un article ne serait-ce que pour lancer la communication tardive de mon prochain « Jeux en Choeur » du 19 au 23 octobre 2020 à Villeurbanne (Lyon) ! C’est presque dans deux mois et il y aura 15 places à priori. Cinq jours. J’ai adoré la première édition (dont vous trouverez quelques témoignages en bas de la page du stage) et je crois que c’est une formule dans laquelle je peux grandir et m’épanouir. La communication dont je vous parlais au début y est très présente, notamment par la pratique de certains aspects de la CNV. Quelques personnes ont été un peu surprises (comme cela m’est déjà arrivé souvent dans Improvie où il y avait aussi beaucoup de CNV) de la place que cela prenait. Heureusement elles ont bien vu les effets sur elles et sur le groupe au bout de quelques jours, la beauté soutenue, cette sensibilité particulière dans l’air et entre nous. Et pour ma part dans toutes ces séquences je me suis senti remarquablement bien ! Alors oui, en ce moment j’ai de moins en moins envie de faire des stages qui n’aient pas ce goût-là, et je ne me sens qu’à l’aube de mon émerveillement pour la combinaison entre ces deux pratiques : la CNV (ou art relationnel équivalent) et le chant spontané ou improvisé (sous ses différentes formes). Les deux peuvent être très puissants pour allumer de la magie, pour connecter différents étages de soi, connecter les gens entre eux, entre autres. Et leur complémentarité me semble maintenant une évidence, c’est comme s’il m’avait toujours manqué au moins un peu de CNV dans les stages de chant, et au moins un peu de chant dans les stages de CNV !

Comment ça va évoluer chez moi, je n’en sais fichtrement rien. En ce moment je me vois avancer comme dans d’interminables carrefours. Mais voilà les quelques rendez-vous que je vous propose quand même :

• le 12 septembre je participerai en tant que co-animateur à une journée chant pour tous à Besançon ! L’annonce a été faite très récemment et il n’y a pas encore les détails, les infos seront sur chantpourtous.com et sur la page FB Chant Pour Tous Besançon !

• en Suisse, à ViaYoga St-Cergue les 19 et 20 septembre, il reste encore un peu de place pour mon premier « Lab Circlesongs » !

• du 19 au 23 octobre donc, cinq jours de « Jeux en Choeur » à Scène Envie à Lyon !

• du 9 au 15 novembre à Boulc, il reste encore de la place pour « L’art de créer, communiquer et faire évoluer les circle songs » avec David Eskenazy et moi !

• le 20 février à Lyon à Let-Know Café, une journée de « Jeux en Choeur » encore plus ouverte à tou·te·s que d’habitude, sans recommandation de niveau !

• et oui j’animerai et co-animerai des chants pour tous à Lyon cette année ! A suivre sur chantpourtous.com.

Très bientôt, il aurait dû y avoir Omega, avec Bobby McFerrin et tou·te·s les autres. Le puits n’ouvrira pas cette année, je vais devoir trouver d’autres sources auxquelles me désaltérer. Je t’aime, communauté d’Omega, de loin, je chéris ton existence !

De l’inspiration, j’en ai trouvé plein il y a une semaine en retournant suivre une 6ème (il paraît que la 13ème est gratuite) Session Ephphata avec Jean-Paul Prat. Il y aura très probablement une 7ème fois et je vous recommande ça plus que jamais, c’est une sacrée expérience. Ephphata et Omega ont été ces dernières années mes deux grandes retraites, les lieux où je retourne me faire inspirer avec bonheur.

J’espère que vous n’en manquez pas, vous, d’inspiration. Je vous souhaite au plus proche de vous-même ! Et à la part de moi qui a honte en terminant cet article et pense « qu’il faudrait vraiment que je contienne mieux mon lyrisme embarrassant »… Eh bien je ne sais pas bien quoi répondre là tout de suite, à part que je suis heureux qu’elle participe à la conclusion. Et je peux lui répondre ça aussi :
– Merci beaucoup de m’avoir laissé écrire quand même.
– Oh ne me remercie pas trop vite pour ça, il va y avoir une correction avant la publication.
– <en rigolant> Tu détestes les corrections autant que moi…
– Mais elles sont nécessaires.
– Tu es sûre ?